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Interview

Alan Wilder

Par Fred Lavolet
le 30 août 2010

Recoil est le groupe monté par Alan Wilder, et si ce nom ne vous dit rien peut-être celui de Depeche Mode vous dira quelque chose. Car Alan Wilder n'est rien d'autre que la tête pensante de ce groupe désormais culte. Largement regretté par Dave Gahan, qui considère que le groupe a perdu une partie de sa dynamique depuis qu'Alan l'a quitté en 1995, ce dernier a décidé de se lancer dans une carrière solo sous le nom de Recoil. Selected, le nouvel album, est une sélection de la production recoilienne de ces dernières années, mais loin d'être un classique best-of, les nouvelles versions des titres phares du groupe expriment toute la modernité et la richesse créative d'Alan Wilder. En quelques mots, Alan nous présente son projet et revient sur les années Depeche Mode.

Pourquoi avoir décidé de remixer certains de vos titres et de les sortir sous le jour d'un nouvel album ?
Au départ, on imaginait simplement faire un best-of et finalement on s'est dit que cela pouvait être sympa et excitant de remixer une sélection de morceaux afin d'apporter quelque chose de nouveau. Il faut avouer que je n'ai pas fait grand chose depuis un moment donc c'était aussi un bon moyen pour moi de me remettre au travail.

Réaliser cet album vous a pris beaucoup de temps ?
En quelque sorte oui, il a fallu retrouver les pistes d'origine des morceaux, les sélectionner, les remixer, les remastériser, cela nous a pris au moins six mois. Et je travaille assez lentement, j'aime travailler sur les détails, je suis un peu maniaque en ce qui concerne ma musique donc je prends le temps, je n'aime pas travailler dans l'urgence.

Comment avez-vous choisi les tracks présents sur « Selected » ?
Au départ du projet, je me suis concentré sur les spécifités de chacun des chanteurs qui allaient m'accompagner sur cet album. Et au fil du temps, il m'est apparu essentiel de trouver une vraie cohérence à l'ensemble de l'album, que les titres aillent bien ensemble et qu'il y existe une fluidité entre chaque morceau à l'écoute de l'album. C'était le challenge, faire une compilation qui ne sonne pas comme une simple collection de morceaux mais comme une entité homogène.

Paul Kendall travaille avec vous sur ce projet, qu'apporte-t-il à votre musique ?
Paul m'est très utile, nous avons vraiment deux façons différentes d'envisager la musique. Je suis plus un musicien et lui un orchestrateur, un arrangeur. Il est très fort pour apporter des petites touches qui rendent la musique plus complexe, plus riche et parfois assez avant-gardiste. Il est par exemple très doué pour travailler les voix en y ajoutant des effets. On se complète très bien et on est de vrais amis, c'est donc un grand plaisir de travailler avec lui.

Comment avez-vous choisi les chanteurs présents sur vos morceaux ?
Il n'y a pas vraiment de règle, j'ai souhaité collaborer avec certains d'entre eux simplement après les avoir rencontré, mais j'ai aussi fait des recherches, j'ai craqué sur certaines voix, je voulais aussi des voix très blues. Ma maison de disques m'en a présenté quelques-uns, d'autres ont été suggéres par des amis, d'autres m'ont envoyé des démos, il n'y a vraiment pas de règle.

Comment décriveriez-vous l'atmosphère de cet opus ?
J'ai un faible pour les atmosphères assez sombres en général, mais quand je fais de la musique je ne pense pas vraiment à cela, j'essaie simplement de mettre en musique des émotions personnelles. Je ne suis pas contre la musique pop mais ma démarche est vraiment différente je pense. Je suis influencé par tout ce que je vois ou entends autour de moi. Le cinéma, la photographie et bien sûr la musique sont des sources d'inspiration très importantes pour moi.

Votre musique est très electro, vous utilisez beaucoup les machines ?
J'utilise le sampler, j'ai gardé la même façon de travailler qu'à l'époque où je faisais de la musique au sein de Depeche Mode. Travailler avec un sampleur, c'est un peu magique, enregistrer et retravailler les sons à partir d'un sampleur offre une grande liberté de travail et de création. Donc je vais en studio, certaines fois rien ne vient et d'autres fois quelque chose de très bon peut en sortir. Malheureusement, je ne connais pas la recette magique pour faire de la bonne musique.

Des projets futurs ?
Oui, j'ai déjà commencé à enregistrer quelques pistes mais je ne sais pas vraiment quand j'aurais terminé, l'année prochaine j'espère. Je suis vraiment très lent quand je fais de la musique, je mets généralement plus d'un an pour faire aboutir un projet. Et puis je dois avouer que je ne fais pas de la musique tout le temps, je m'occupe de ma famille, de mes deux enfants.

Quels sont vos meilleurs souvenirs de l'époque Depeche Mode ?
Avec Depeche Mode, sans aucun doute, c'est le concert Rose Bowl en 1988 qui était la combinaison de huit ans de travail et de tournée, il y avait plus de 70 000 personnes lors de ce concert. C'était vraiment un moment unique et inoubliable.

Depeche Mode ne vous a pas laissé que des bons souvenirs ?
Depeche Mode, c'est une très belle aventure dans ma vie, mais après quelques années et le succès que l'on a connu, des tensions sont apparues dans le groupe. Je dois avouer que cela est très difficile pour moi d'accepter de ne pas avoir le dernier mot, particulièrement quand vous avez beaucoup contribué à la production des morceaux. Alors avant d'avoir de vrais mauvais souvenirs, j'ai préféré quitter le groupe pour me lancer dans mes propres projets et avoir toute la lattitude dont j'ai besoin.

Recoil, Selected (Mute - EMI)

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